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Portrait de Annabel Allard Annabel
Allard
Unité 04 — Potvin Supervisée par André Potvin
Apercu de la planche de vernissage

Prose Libre

Réécriture de l'empreinte industrielle à travers les matières abandonnées

Au confluent des eaux puissantes, vives et lentes, là où la Rivière Mistassini rencontre la Rivière Mistassibi et où respire au loin le Lac Saint-Jean, on a dressé une ville. Les années vingt ont posé leur empreinte quand le bois, l'eau et le fer valaient plus que le silence. Les machines sont venues dans un grondement continu qui promettait du pain et des lendemains. Les cheminées ont appris au ciel à se souvenir des fumées.

Les rives ont changé de peau. Les forêts ont reculé, et la terre s'est laissé marquer. Mais la ville tenait debout, fière, accrochée à l'usine comme à un coeur mécanique. Les paies entraient, les familles grandissaient, et les nuits vibraient encore du souffle des machines à papier. Des cicatrices longues comme des rails, profondes comme des silences qu'on évite.

Puis le temps a fait son oeuvre. Les regards ont changé, les consciences ont grandi, et les blessures ont commencé à être nommées. On a appris à écouter, à mesurer ce qu'on avait pris, à rendre un peu de ce qu'on avait volé. La cohabitation n'est plus une idée lointaine, mais une nécessité, fragile.

Aujourd'hui, sur ces terres marquées, quelque chose hésite encore à renaître. Un espace à redonner, un lieu à réhabiter, un souffle à partager. Un endroit où les pas humains reprendraient leur place entre l'eau et le bois, où les enfants pourraient courir sans ignorer ce qui a été, sans répéter ce qui a blessé.

La Bio-Machine agit comme un organe de réparation territoriale conçu pour rompre le silence entourant nos stigmates industriels. Par une transmutation métabolique, elle convertit les matières délaissées en isolants et matériaux biosourcés, créant localement la ressource stratégique qui manque à notre autonomie régionale. C'est un manifeste de soin : mise en valeur des déchets de ce territoire ancien, on entendra désormais autre chose que l'exploitation. Un rythme, presque humain, qui recommence.